VIM

Search Our Site

Ghafoor Hussain, un citoyen britannique, a décidé de monter un foodtruck à destination des réfugiés, qu’il conduit un peu partout en Europe. Le but : apporter ses douceurs culinaires pour contrebalancer la nourriture – souvent pauvre et sans saveur – distribuée dans les camps.

En 2015, depuis sa résidence à Stockton-on-Tees, dans le nord-est de l’Angleterre, Ghafoor Hussain est frappé par la violence de la crise migratoire qui frappe aux portes de l’Europe. Le citoyen britannique, garagiste de profession, est également interpellé par la pauvreté de la nourriture distribuée aux réfugiés dans les différents campements humanitaires sur le sol européen. Lui qui n’avait rien en commun avec le monde de la gastronomie se lance pourtant dans un projet inédit : ouvrir un foodtruck itinérant, et apporter un peu de réconfort - gustatif - aux réfugiés.

1-      Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure ?

Il y a trois ans, j’ai entendu parler d’un camp de réfugiés installé à la frontière entre la l’Autriche et la Slovénie. Là-bas, les migrants n’avaient chaque jour pour seul repas qu’un morceau de pain, de la nourriture en boîte de conserve, et de l’eau. Aucun repas chaud, aucun repas cuisiné. C’est là que j’ai décidé de les aider, en lançant un foodtruck.

J’ai fait ma première mission à Noël 2015, en Autriche. À chaque fois, je reste entre un et trois mois dans chaque camp. Puis, je suis allé à Dunkerque, en France, où pendant 10 semaines, j’ai cuisiné pour 4 000 réfugiés. Ensuite, je suis allé à Idomeni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. J’ai mis 5 jours pour y arriver. Là-bas, j’ai entendu parler de ce qu’il se passait à Lesbos, en Grèce. J’ai décidé que l’île grecque serait ma prochaine destination.

2-      Comment financez-vous votre projet ?

Au début, j’ai tout financé avec mes propres deniers. J’ai vendu ma voiture et j’ai pioché dans mes économies pour acheter la nourriture, payer les trajets… Ça coûte très cher mais je ne vais pas arrêter maintenant ! Grâce au bouche-à-oreille, j’ai reçu un peu d’aide de mes amis puis il y a eu des dons de particuliers.

3-      Vous n’avez jamais lancé une campagne de financement participatif via les réseaux sociaux ?

Si, pour ma première mission en Autriche, on a lancé une campagne de financement participatif qui m’a permis de récolter 15 000 euros. C’est grâce à cet argent que j’ai acheté le camion et que j’ai pu aménager une cuisine à l’intérieur capable d’assurer l’intendance pour près de 10 000 personnes par jour ! Aujourd’hui, j’ai un nouveau foodtruck, encore plus grand, qui me permet de distribuer de la nourriture à 18 000 réfugiés par jour.

4-      Vous travaillez seul ?

Non, je travaille avec ma femme. Nous cuisinons tous les deux. Au début, certains de mes amis, intéressés par le projet, nous ont rejoints dans un camp pour nous donner un coup de main. Aujourd’hui, je reçois des messages via Facebook ou WhatsApp de gens qui me proposent leur aide bénévolement – ce que j’accepte volontiers.

J’ai toujours dit que j’atteindrai mon objectif le jour où j’arriverai à nourrir une personne par jour, que ce soit un homme, une femme ou un enfant. Jusqu’à présent, j’ai réussi à nourrir presque deux millions de personnes depuis le lancement du projet. Et j’en suis très heureux.

5-      Quelles sont les principales difficultés du projet ?

Il faut savoir négocier avec les gouvernements. Dans le camp de Moria, en Grèce, ou dans le camp d’Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, par exemple, les autorités ne veulent pas que les associations viennent apporter leur aide à l’improviste. Je pense surtout qu’elles ne veulent pas améliorer la vie de ces réfugiés par crainte qu’ils ne restent dans les camps. Les autorités grecques font en sorte que la mauvaise réputation des camps humanitaires puissent décourager d’autres migrants d’y venir. Mêmes des ONG internationales ont été découragées. Les autorités grecques leur ont demandé la traçabilité de leur fonds, de les faire transiter par les banques grecques...

Il faudrait que l’Europe mette plus de pression sur la Grèce pour s’assurer du bon traitement des demandeurs d’asile et des migrants là-bas. Le problème, c’est aussi que les médias ne s’intéressent plus vraiment à la crise migratoire en Grèce. Les gens pensent que les choses s’améliorent, mais c’est faux. La crise est toujours là, les gens continuent d’affluer sur les îles grecques où les conditions de vie dans les camps sont désastreuses.

6-      Si vous aviez un message à adresser au monde, quel serait-il ?

Réveillez-vous ! Tout le monde fait la politique de l’autruche mais la crise migratoire est bien là. Tout le monde doit prendre sa part de responsabilité. Les pays arabes aussi. En visitant certains camps, j’ai eu honte. Je me suis rendu que j’étais le seul musulman à aider ces réfugiés. Aucune ONG du monde arabe, du Moyen-Orient ne leur vient en aide. Or, il faut aider les êtres humains, sans discrimination, d’où qu’ils viennent et quel que soit leur Dieu !