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Depuis 2013, un millier de migrants squatte l’ancien site olympique de Turin, au nord de l’Italie, laissé à l’abandon après les JO d’hiver de 2006. Restaurants, échoppes, salons de coiffure, ont vu le jour faisant de ce lieu un village organisé et autonome.

Il y a 10 ans le village olympique de Turin, dans le nord de l’Italie, accueillait des centaines d’athlètes venus des quatre coins du monde lors des Jeux olympiques (JO) d’hiver de 2006. Le site construit spécifiquement pour l’occasion a été ensuite laissé à l’abandon. Aujourd’hui, ces grands bâtiments aux couleurs vives abritent plus d’un millier de migrants originaires de 28 pays africains, devenant ainsi l’un des plus grands squats d’Europe.

L’occupation de l’ancien complexe olympique a débuté en mars 2013. En seulement quelques semaines, plus de 500 personnes se sont installées sur le site. La plupart était des travailleurs africains en Libye mais la guerre civile qui a suivi la chute de Kadhafi les a contraints à quitter le pays pour venir se réfugier en Europe.

Ici, chaque espace a été aménagé pour héberger les exilés. La moindre parcelle de terrain est occupé par un migrant : selon l’agence de presse Reuters, certains ont même installé des matelas dans des cages d’escaliers ou dans des placards. L’un des bâtiments construit pour accueillir 100 athlètes au moment des JO abrite aujourd’hui jusqu’à 500 personnes.

Un village a vu le jour

En quatre années d’existence et de bon fonctionnement, le lieu est vite devenu incontournable, connu de tous les migrants de la région. Chacun arrive ici par le bouche-à-oreille.

Le site n’est pas qu’un simple dortoir, mais un véritable lieu de vie. Certaines zones ont été aménagées en espace commun : on y trouve des bureaux administratifs (pour rédiger son CV et répondre aux annonces d’emploi,) un centre d’accueil de conseil juridique, une zone pour stoker les dons de vêtements. Deux salons de coiffure, un restaurant sénégalais et plusieurs petites échoppes ont également ouverts.

Une vingtaine de bénévoles – étudiants, retraités, professeurs… - aide quotidiennement les migrants. Une fois par semaine, un médecin reçoit les malades ou les blessés en consultation. Des cours d’italiens et d’anglais sont aussi dispensés.

"Cet endroit concentre à lui seul l’échec de la politique d’intégration en Italie", déclare à Reuters Nicolo Vasile, un ingénieur sicilien de 31 ans qui consacre en moyenne 40 heures par semaine pour venir en aide aux migrants de Turin.  

"Si je n’avais pas cela aujourd’hui, je dormirais dans la rue ou dans une gare"

La majorité d’entre eux vit donc en Italie depuis plusieurs années. Ils n’ont pas d’emploi ou exercent, de temps à autre, des métiers précaires. Ils n’ont ainsi pas les moyens de se nourrir, encore moins de louer un appartement. "Si je n’avais pas trouvé ce squat, aujourd’hui je dormirais dans la rue ou dans une gare", racontait en 2016 au quotidien britannique The Guardian Adamo, un Malien de 25 ans.

Un Camerounais de 33 ans s’est confié à l’agence de presse Reuters en début d’année. Samuel Pieta est arrivé en Italie en 2011 mais n’a jamais réussi à trouver du travail. Dans sa petite chambre non chauffée, il entasse des ballons de football, des livres, un réfrigérateur qu’il utilise comme armoire ou encore un fax cassé… Chaque objet a été récupéré dans les poubelles du quartier. "C’est comme ça que je survis, en faisant les poubelles. Je mange ce que les autres jettent", dit-il les larmes aux yeux.