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Près d’une quarantaine de migrants a déposé plainte le 11 janvier pour “actes de torture et traitements humains dégradants” contre les autorités italiennes. Ils souhaitent pouvoir obtenir l’asile en France où ils sont actuellement hébergés.

“Maltraités”, “menacés”, “victimes de chantage” et même “torturés” : 37 migrants soudanais et un érythréen ont déposé plainte, jeudi 11 janvier, auprès du procureur de Pau, dans les Pyrénées Atlantiques, pour “actes de torture et traitements humains dégradants” qu’ils disent avoir subis lors de leur passage en Italie. Une démarche peu commune.

Arrivés dans la région de Pau pour la plupart entre mai et juillet 2017 après un éprouvant voyage via Vintimille, ils veulent à tout prix obtenir l’asile en France, en dépit du règlement Dublin. Celui-ci les contraint à déposer leur demande dans le premier pays européen par lequel ils ont transité. Les autorités françaises sont ainsi en train de préparer leur reconduction vers la frontière italienne.

“Ils ont tous des histoires différentes et traumatisantes. Leur point commun c’est qu’ils ont fui l’Italie en raison des mauvais traitements, de l'accueil épouvantable et de l’hostilité de la population à leur égard”, explique l’une de leurs avocats, Me Isabelle Casau, jointe par InfoMigrants. “L’un d’entre eux m’a même dit qu’il préférait mourir plutôt que de retourner en Italie”, poursuit-elle.

"Testicules écrasées", "bras cassé"

Ces 38 migrants sont des rescapés, sauvés lors de leur traversée de la Méditerranée. “Dès qu’ils ont été débarqués par les navires humanitaires, les autorités italiennes les ont fait attendre pendant des heures pour prendre leurs empreintes digitales, sans à boire ni manger. Ils étaient tous exténués, certains malades”, raconte Me Isabelle Casau.

Aucunement informés sur leurs droits, c’est à ce moment que les sévices ont commencé, selon l’avocate : “Ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait, ils avaient peur, ils ont tous refusé de donner leurs empreintes. Beaucoup ont donc été battus et menacés. Deux des plaignants ont même été victimes de torture : le premier affirme qu’on lui a écrasé les testicules et le second qu’on lui a cassé le bras”.

Une fois les empreintes obtenues de force, les 38 migrants disent tous avoir été enfermés dans des camps bondés pendant plusieurs jours, avant de s’échapper. “La plupart d’entre eux n’a aucune attache en France, ils auraient tout à fait accepté de demander l’asile en Italie, mais ils ne savaient pas qu’ils pouvaient le faire. Ils ne savaient pas non plus que le fait d’avoir laissé leurs empreintes allaient les faire entrer dans le système Dublin”, continue Me Casau.

S’ajoute le manque de soin, deux des plaignants étant “très malades” et l’un d’entre eux ayant même dû être “opéré d’urgence à son arrivée en France”.

Pousser la justice française à agir

Ils sont actuellement 17 à être logés au centre de Béterette dans la commune de Gelos au sud de Pau, tandis que les 21 autres sont installés dans un ancien hôtel Formule 1 dans le nord de la ville, dans le cadre du Prahda (programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile). “C’est l’antichambre de leur transfert vers l’Italie. Ils sont totalement abandonnés. Dans l’ancien hôtel, il n’y a que trois travailleurs sociaux pour 140 personnes. Pas de cours de français, ni de salle commune. À peine deux machines à laver et ils doivent payer un euro pour l’utiliser. En plus de cela, ils sont isolés, à plus de 40 minutes à pied du centre-ville”, décrit Me Casau qui déplore que la préfecture renvoie “sans état d’âme” ces migrants vers un pays qui ne peut les accueillir.

Si le but premier des actions intentées est de permettre aux migrants d’obtenir l’asile en France, l’idée est aussi “d’attirer l’attention de l’opinion” sur la situation en Italie et de faire agir la justice française. Les plaintes déposées “sont tellement graves qu’il y a compétence universelle de toutes les juridictions”, selon Me Casau. Elles s’appuient non seulement sur le code pénal français, mais aussi sur la Convention européenne des droits de l’Homme et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée dans le cadre des Nations unies.