VIM

Search Our Site

Voici le témoignage d'Ibrahim*, un militaire nigérien qui patrouille dans une partie de la zone désertique du Sahara à la recherche de migrants, abandonnés par leurs passeurs. Voici ce qu’il raconte.

Le Sahara est vaste. Nous patrouillons pour traquer les trafiquants et lutter contre l’immigration clandestine. Mais le désert est trop vaste pour qu’on puisse contrôler l’immensité de la zone. Il se passe des choses que les patrouilles ne peuvent pas voir. Mon pays, le Niger, manque de moyens mais il fait de son mieux.

Il y a beaucoup de pertes humaines dans le Sahara. Avant même de mettre le pied en Libye, vous devez affronter de dures épreuves [les températures atteignent 50 degrés, le jour, dans le Sahara]. Le plus grand risque, c’est d’être abandonné par les passeurs. Quand les camionnettes [dans lesquels les migrants sont transportés] tombent en panne, les passeurs les abandonnent dans le désert, sans eau ni nourriture.

Les passeurs sont des gens inhumains sans pitié, sans foi.Ceux qui survivent sont ceux que l’on trouve pendant nos patrouilles. On les sauve. Dans nos véhicules, nous avons de l’eau. Nous la stockons dans des bidons de 25 litres.Parfois, on croise des femmes enceintes et des enfants dans le désert. Un jour, on a retrouvé dans un Hilux [camionnette utilisée par les trafiquants] deux femmes enceintes et un bébé de 9 mois… Quand ils sont trop nombreux, on fait venir les équipes de l’OIM pour nous aider.

Les migrants sont souvent dans des états très critiques. Parfois aussi, on croise des cadavres, ce sont des victimes innocentes. En moyenne, je dirais que nous portons secours à près de 300 personnes par mois dans le Sahara.On ramène les migrants à Agadez [d’où ils sont généralement partis] et l’OIM s’occupe d’eux. Agadez est le seul et unique passage obligé pour entrer en Libye par voie terrestre.

À Agadez, la prison est remplie de passeurs. Ils sont de toutes nationalités : Libyen, Nigérien, Malien, Camerounais, Guinéen… Ça fait vraiment de la peine de voir nos frères et nos sœurs africains dans un tel état.