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La politique africaine de la France ne peut se comprendre que dans le contexte de mondialisation et de multi polarisation de la planète mais également d’intégration de la France au sein de l’Union européenne et de diversification des partenaires de la part de l’Afrique. Les anciennes puissances coloniales ont perdu de leur influence en Afrique tout en demeurant présentes et en exerçant parfois des fonctions régaliennes.

La France occupe, de par son histoire, un rôle de puissance régionale en Afrique, en mettant en application un mot du ministre des Affaires étrangères Louis de Guiringaud qui disait que 500 hommes pouvaient changer le destin du continent. Et parce que « sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de la France au XXIe siècle » comme le disait François Mitterrand, le continent aujourd’hui occupe une place de choix dans la diplomatie et les accords de coopérations militaires français avec la France. es l’espace sans lequel il n’y a pas de stratégie possible ni de puissance. On a observé par le passé, un maintien des accords et des pratiques mis en place lors de la Communauté franco-africaine, mais aujourd’hui, ces liens ont des mailles de moins en moins serrées. .

La diplomatie économique tend à diversifier les relations françaises avec l’ensemble de l’Afrique mais la Francafrique est rattrapée par les questions de sécurité, forts d’un territoire constitué de 100 millions de francophones, 2,3 millions d’immigrés en France, d’une communauté de 23 5000 Français en Afrique, de plus de 110 000 étudiants africains en métropole en 2010, et de ses 400 partenariats entre collectivités locales… Mais il y a des nuages qui s’amoncèlent au dessus de cette relation idyllique à plus d’un titre jusqu’à présent. Le nombre d’assistants techniques est passé de 10 000 en 1990 à moins de 1000 en 2016.

La relation complexe et complexée France-Afrique renvoie, dans un jeu de miroir, à deux discours contradictoires. À celui des Français hésitant entre ingérence et indifférence correspond celui des Africains, oscillant entre le sentiment d’abandon et d’intervention néocoloniale. Les réseaux et le cordon ombilical n’ont que trop duré, et maintenant le ressentiment est là, entretenu par des franco-sceptiques et la pression d’autres partenaires sociopolitiques et économiques. On pourrait, pour l’expliquer, indexer la décolonisation tardive, qui aujourd’hui est à l’origine de ce ressentiment.

La monnaie et la coopération militaire semblent être les deux mamelles nourricières d’un héritage qui semble de plus en plus controversé, avec un corolaire évident la dilution de l’influence de l’hexagone au sein de l’UE bien perceptible depuis quelque temps. En parallèle, il y a lieu de relever que les États-Unis et surtout les puissances « émergentes » d’Asie et d’Amérique Latine ont pris le relais en temps qu’acteurs stratégiques. Les grandes régions africaines sont caractérisées par de nouveaux partages des zones d’influence, d’’influence entre les pays occidentaux, les puissances pétrolières et les puissances émergentes notamment asiatiques. La moitié des relations économiques est aujourd’hui constituée des pays du Sud notamment les BRICS.

Du point vu économique, l’aide française s’élève en 2015 à environ 10 milliards euros par an mais les dons aux 17 pays prioritaires se situent à 200 millions. Elle continue de s’orienter principalement vers l’Afrique subsaharienne (59 % du total) dont la moitié vers des PMA. A cet niveau, l’Agence Française de Développement (AFD) joue un rôle croissant avec 30% de

l’aide déboursée dont 84% de prêts. Plus de 30 % de l’aide française est multilatérale. Durant la guerre froide, la politique économique de la France vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne reflétait, dans la tradition gaulliste, l’importance géopolitique que Paris attachait à cette région (francophonie, votes aux Nations unies, enjeux pétroliers, crainte du communisme, etc.).

La France a défini 17 pays pauvres prioritaires pour l’aide. La diplomatie économique qui doit se traduire par des effets de retour, de levier et d’influence est complémentaire à la fois d’une politique visant à la transparence et aux droits de l’homme et des interventions militaires. La coopération au développement et la coopération culturelle, pourtant stratégique à long terme, ont perdu de leur poids face aux priorités environnementales et militaires.

La présence militaire française s’est renforcée. L’Afrique oubliée du « Livre blanc » est redevenue une des priorités militaires de la France. 70% de la coopération militaire française est destinée à l’Afrique. La France est à la fois arbitre et partie prenante et parfois prise entre deux feux. L’armée française agit sous mandat des Nations unies. Les accords de défense, les 16 accords militaires et la présence militaire française trouvent leur origine dans les accords signés au moment des indépendances. On estime, en 2015, notamment à Djibouti et dans les opérations Barkhane au Sahel et Sangaris en Centrafrique, le nombre de militaires français en Afrique à environ 9 000 hommes contre 5 000 en 2012 dans 8 bases ou points d’appui, soit une dépense annuelle supérieure à 1 milliard d’euros. Les forces armées sont impliquées auprès de l’Afrique, dans des opérations de sécurité multidimensionnelles et des guerres asymétriques utilisant l’insurrection, la guérilla ou le terrorisme. Les opérations se font dans des contextes très difficiles et ont permis de contenir groupes terroristes. La seule réponse durable renvoie à des relais par des forces nationales et régionales et une réorientation de l’aide vers les zones et les populations vulnérables s’en prenant au terreau du terrorisme.

Les relations commerciales franco-africaines se sont relâchées. Après la crise de 1929, la France s’était repliée sur son empire colonial. Les préférences commerciales, qui ont perduré avec le Traité de Rome de 1957, se sont progressivement érodées, alors que l’Afrique demeurait exportatrice de produits primaires peu diversifiés. En 1950, l’empire colonial représentait 60 % du commerce extérieur français. La part de l’Afrique dans les exportations françaises de 8,7 % en 1970 est passée à 5 % en 2015. L’Afrique fournit 4 % de ses importations. Même si les exportations françaises vers l’Afrique ont doublé en valeur depuis 2000, la France a vu sa part relative dans les relations commerciales de l’Afrique diminuer de moitié en passant de 10,1% en 2000 à 4,7% en 2011.

La France a reculé fortement dans ses positions historiques au sein de la Zone franc, notamment en Côte d’Ivoire et au Cameroun, elle représente 17% des importations des pays de la Zone franc. Trois pays représentaient en 2005 plus de 50 % des importations françaises 45 % des exportations françaises vers (Afrique du Sud, Côte-d’Ivoire et Nigeria). Entre 2000 et 2011, l’Afrique du Sud et le Nigeria ont représenté 37% de l’accroissement des exportations françaises vers l’Afrique alors que la France représente respectivement 2,5% et 3,6% du total des importations de ces deux premières puissances africaines. On estime que les exportations de 1 milliard d’euros représentent 10000 emplois.

Les entreprises françaises pèsent peu. Les PME par exemple, sont moins présentes avec une méconnaissance et une perception forte du risque en Afrique. Certains intérêts des firmes françaises demeurent dans les secteurs pétroliers ou dans des niches. Les firmes bénéficient

des avantages liés à la langue, à la monnaie unique dans les pays de la zone franc, des mécanismes de coopération monétaire et d’appuis directs de l’État français.

La Zone franc : survivance coloniale ou fondement d’une monnaie régionale africaine ?

La Zone franc/Afrique est le fruit d’une histoire coloniale qui a survécu à la différence des autres zones. Née de la volonté de créer un espace préférentiel après la crise de 1929, la Zone franc s’est adaptée à des bouleversements tels que l’abandon des préférences impériales, la décolonisation, la flexibilité des changes, la convertibilité du franc français et la disparition des contrôles des changes. Elle n’a pas disparu avec la dévaluation des francs CFA de janvier 1994 ou la mise en place de l’euro en 1999. Elle s’est, en revanche, transformée avec approfondissement des intégrations régionales, les unions monétaires de l’Afrique occidentale et centrale sont devenue moins dépendantes du Trésor français.

L’essentiel des intérêts économiques français en Afrique se trouvent hors des pays de la Zone franc. Le devenir de la zone franc reste un sujet tabou et toute réforme risque d’entraîner une fuite des capitaux. L’appartenance à la Zone franc apporte des avantages pour les Etats membres tels que, la convertibilité des monnaies, l’existence de monnaies régionales, l’absorption des chocs extérieurs, la garantie contre les attaques spéculatives ou la défiance vis à vis des monnaies, des règles de convergence entre pays membres, ou la faible inflation, un transfert de crédibilité favorisant la confiance..

Le devenir de L’Afrique dont la population représentait la moitié de celle du reste du monde un siècle plus tôt, interpelle aussi la France, face à l’agressivité des pays émergents dans le continent qui ont tendance à la faire reculer. Tel un volcan, elle déploie à la fois ses énergies, sa sagacité et son ingéniosité. Sa population a décuplé en un siècle, comptant pour moins de 10% de la population mondiale en 1950, elle est en 2015 estimée à 15%, l’Afrique pèsera pour 1/4 en 2050 selon les estimations et représentera, alors, une fois et demie la population de la Chine et deux fois la population de l’Europe. Elle doit, en même temps, répondre aux défis environnementaux notamment climatiques, alimentaires, sécuritaires. Ces défis globaux doivent être contextualités et différenciés selon les régions. Ils sont des risques ou des opportunités selon les stratégies des politiques, les pratiques des acteurs et les régulations ou les dérégulations sociales. La jeunesse est une opportunité ou une bombe à retardement. Seule la croissance économique, inclusive et créatrice d’emplois pour les jeunes, et des coopérations entre la France et l’Afrique transformeront les risques en opportunités.

Salomon Albert Ntap